Les maux des ados

Mathilde Simon
Maison des Adolescents
CHU de Brest
septembre 2026

Je m'appelle Mathilde, j'ai 33 ans, je suis une adulte.

Je me définis comme adulte depuis un an. Avant je ne savais pas trop. Je ne me posais pas la question. C'est en écoutant des ados pendant des heures que je me suis rendue compte que je ne me posais plus les mêmes questions qu'eux. 

En avril 2026, dans le 1 hebdo, je lis : 
  • Plus d'un million et demi d'enfants et d'ados souffriraient de troubles psychiques, avec une augmentation vertigineuse chez les adolescentes. 
  • Une adolescente sur quatre a besoin de soin en santé mentale, contre 15 % des garçons.
Je lis aussi : 
  • 75 % des troubles psychiatriques de l'adulte prennent racine à l'adolescence.

Parfois, quand les ados se sentent mal, ils vont à la MDA, la Maison des Adolescents. C'est anonyme et gratuit.

En France, depuis 22 ans, dans chaque département il y a une maison pour les ados. Les jeunes qui y passent ont entre 11 et 25 ans. Certains viennent une fois et ne reviennent jamais. D'autres viennent depuis des années. Certains le disent à leurs parents, d'autres non. 

Dans tous les cas, quand ils arrivent la première fois, ils sont accueillis et écoutés par une infirmière, ou un infirmier. Et selon leurs maux, ils sont orientés, vers un psychologue ou une psychologue.

À Brest, l'équipe de la MDA reçoit près de 500 jeunes par an. Quand j'avais 15 ans, j'y suis passée moi aussi dans cette maison, mais je ne m'en souviens plus très bien. Il y a quelques mois, j'y ai rencontré dix adolescent·es, de 15 à 23 ans ; je ne connaissais rien de leur vie. J'ai aimé les écouter réfléchir, chercher leurs mots. C'était sérieux.


  Merci aux dix adolescent·es rencontré·es pour leur honnêteté, et à l’équipe de la MDA pour leur confiance.





“ Je suis grand et maigre; j'ai une coupe au bol plusieurs mois dans l'année; moi j'ai un beau sourire.   ”



“ C'est un peu le seul endroit où je me sens écoutée et entendue.
 On a le droit de pleurer.  ”



“ Quand j'ai fait mon coming out de garçon transgenre, j'ai d'abord préparé un assez gros pavé sur mon téléphone que je voulais envoyer à ma mère, un soir, quand j'étais à l'internat. ”


“ J'ai 22 ans. Depuis que j'ai 15 ans j'ai les mêmes questionnements : qu'est-ce que je vais faire plus tard ?  ”



“ Quand le bac approche on nous parle beaucoup de Parcoursup. Moi je n'ai fait aucuns vœux. Je suis chez moi depuis 2021. ”



“  Dans le rap généralement c'est de l'égotrip, c'est comment écrire le plus originalement possible à quel point on est fort. Moi j'assume plus trop ce que j'ai écrit. ”



“ Je sais qu'elle m'écoutera toujours. On se parle tous les jours. J'imagine pas ma vie sans elle.”


“ C'est assez dur de dire qui on est à nos parents, y'a tout ce qui est peur du jugement. Et comme on habite chez eux, ils ont un peu le contrôle.”



“  Si je suis dans la rue et qu'il y a un homme qui marche derrière moi, je vais avoir peur que ce soit un prédateur potentiel.  ”


“ J'aimerai bien être footballeuse ou boxeuse. Tu fais un combat avec quelqu'un, tu vides tout. Tu frappes. Faut juste garder la garde. ”


“ Moi j'estime que l'adolescence ça se finit à 21 ans. On peut pas passer du jour au lendemain à un adulte. Ça s'apprend.”





La musique de cette série est signée Samuel Aupiais.


Les maux des ados
un travail soutenu par la ville de Brest et l’hôpital de Bohars - CHU de Brest.


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Madolia Dubois © détails pastel gras
Sligoil, Ariel Martín Pérez
CirrusCumulus, Clara Sambot